Nous avons rencontré les Bigoudènes

     

 

Et un jour, écoutez-moi, alors que nous sommes deux ou trois jeunes gars en train de sécher notre peau sur les galets, une jeune fille en coiffe bigoudène, toute en velours noir brodé de perles de verre, arrive près de la cale dans une automobile. Elle en sort, inspecte autour d’elle,  regarde un moment la mer exceptionnellement calme, remonte dans son carrosse. Quand elle en ressort, un moment après, nous restons frappés de stupeur. Elle porte son maillot noir, mais elle a gardé sa coiffe sur la tête. Comment faire autrement ? Elle court jusqu’à la mer, y entre carrément et se met à nager aussi bien que si elle était Marie-Morgane elle-même. Elle nage sur le dos, à demi-assise. Et c’est un spectacle étonnant que de voir la coiffe de la fille cingler légèrement sur la houle brillante. A n’en pas croire ses yeux.

  (Traduit du breton – Pierre Jakez Hélias – Le Cheval d’Orgueil)